Le jardin du
Petit Hôtel du Grand Large

 

Création et entretien sur deux saisons.
Le jardin est situé en creux de vallon à quelques centaines de mètres à peine de la plage. Cet ancien marécage encore inondé tous les hivers est un vrai challenge : 40 cm de boue visqueuse saturée en azote au dessus d’un sous-sol de pur sable gris complètement stérile…

(suite en bas de page)

De la vie d’une butte

Vie du potager

Si le sol avait été équilibré et riche, il aurait été facile de l’épuiser sans s’en rendre compte. Alors qu’en partant de zéro, on comprend par l’expérience le chemin que la terre doit parcourir pour devenir fertile. C’est grâce à cette expérience que j’ai commencé à considérer que la surface du potager doit être perçue comme une zone de compostage.
Pour être vivant, le sol doit constamment se nourrir et respirer, à la manière d’autres organismes vivants.

 

Un peu de Pratique.

C’est dans ce type de configuration que la butte forestière joue un rôle très important. En effet, en dépit de l’effort qu’elle demande à sa création, elle permet de surélever le sol et de préserver une épaisseur de terre hors d’atteinte de l’inondation. C’est vraiment vital pour la vie des micro et macro organismes, et donc pour la structuration du sol. Sans cela, tous les autres efforts restent vains. On peut toujours donner des substances aux plantes pour qu’elles poussent, mais si l’on cherche à créer un équilibre durable du milieu, il faut bien s’occuper de nourrir le sol, et non les plantes. Une fois qu’on aura fait ce travail, le sol pourra offrir sa fertilité aux plantes, et celles-ci n’auront besoin de rien d’autre.

Ce genre d’expérience permet d’avoir une bonne idée du rendement possible par rapport au travail fourni.
Nous nous étions mis d’accord pour que je travaille en moyenne 15 heures par semaine, et je produisais de manière prioritaire les herbes, fleurs et autres pousses condimentaires, et des légumes autant que possible.

Un restaurant qui cuisine pour 30 couverts midi et soir ne pouvait se satisfaire de ma production légumière. Mais pour donner une échelle facile à imaginer, mon travail pouvait fournir assez de nourriture pour nourrir une famille de 4 personnes sur la saison sans problème, et même sûrement générer du surplus pour le stockage en conservation.
Dès la deuxième année, Hervé a pu tenir une assiette tout au long de la saison avec les légumes du jardin. Une assiette de restaurant gastronomique, ce n’est jamais énorme, mais pour 30 couverts midi et soir, ça fait quand même une sacrée quantité…

Au résultat après les deux saisons complètes, le sol s’est structuré en profitant du carbone mis en paillage.
La vie du sol s’est énormément enrichie par rapport à la parcelle voisine qui sert de témoin. Ça grouille de vie, on voit des tas d’insectes qui s’affairent dans le sol et les légumes sont en pleine forme. La différence est sans appel. L’œil, le toucher, l’odorat sont les témoins de la qualité nouvelle du sol. À l’orée de la troisième saison début 2016, j’ai passé le relais à l’équipe de cuisiniers qui m’ont remplacé, tandis que je venais d’acheter un lieu bien à moi. Je suis maintenant occupé là-bas pour vivre mon propre élan enrichi de cette belle expérience. (voir la page « Le 200 »)

Une des premières choses à décider au jardin, est l’emplacement des cultures, et ce qu’on appelle les associations de légumes. Pour résoudre ce gros morceau, je me réfère à une des règles fondamentales de la permaculture, qui est de trouver ses propres « leviers d’action ». Car face à la complexité du monde chimique, on peut vite se trouver démuni. J’ai donc pris un parti plus personnel qui me permettait d’utiliser mes propres ressources et trouver une cohérence d’ensemble.
En effet, en tant qu’architecte, je suis très sensible au jeu des espaces et des volumes. Le but étant de densifier la production pour encourager la vie – c’est à dire avoir une tendance à la verticalisation étagée –  j’ai décidé de prévoir une association des cultures basée sur les complémentarités spatiales, plutôt que de faire très attention aux informations sur la chimie des plantes. Pensez donc à l’espace situé au dessus de la terre, mais également à l’espace situé sous le sol, occupé par les racines.
Et bien sûr, vous ne serez certainement pas étonnés que souvent, deux plantes qui s’accordent dans l’atmosphère font de même dans le sol…

Alors donc voici ma technique : je mets de tout partout. Comme ça, au niveau chimique, on sait qu’il y aura un peu de tout, ça me semble un bon compromis, assez naturel comme idée… C’est simple à priori… Aussi vous verrez que je vous donne ici les grandes lignes. Si vous regardez attentivement les photos vous verrez d’autres plantes que je n’aurai pas mentionnées, mais qui font partie de la gestion holistique, et qui ne sont peut être pas les légumes les plus attendus dans un jardin de saison.

Je fais mes semis de graines Kokopelli en mottes réalisées au presse-motte de 5 x 5 cm. C’est une tâche un peu fastidieuse, mais les mottes permettent de conserver les racines quasiment intactes au repiquage et c’est quelque chose qui ne sera jamais rattrapable autrement. En somme, vous y gagnerez du temps. Cela permet d’avoir une rentabilité maximale sur la production au final.

Quand je parle plus bas de paillage, il est très important au potager de concevoir le paillage comme une zone de compostage. C’est ce que j’appelle un « paillage actif ». Par opposition à un paillage passif, qui ne serait que du broyat de bois dur, ou de la paille sèche. Le bon rapport Carbone/Azote, est entre 10 et 30. C’est à dire qu’il faut Entre 10 à 30 fois plus de carbone que d’azote. Pensez que toutes les sources de paillage sont déjà un mélange des deux éléments, l’azote étant le déclencheur de décomposition.  Si vous faites des couches de carbone et d’azote pour votre paillage, mettez le carbone en dessous et l’azote au dessus. Recouvrez avec une autre couche de carbone pour l’aspect visuel et pour éviter l’évaporation de l’eau.
Exemple de paillage actif : Paille + Tonte fraiche. Autre exemple : fumier de cheval avec une majorité de paille et déchets de cuisine.

OBJECTIF : 8 RÉCOLTES PAR AN SUR LA MÊME SURFACE.
Voici le séquentiel des plantations. (Photographies « la vie d’une butte » ) :

Début-Mi mars :
Plantez une ligne de betteraves et salades alternées tous les 20 cm, et en quinconce d’une ligne à l’autre (première photo). Cela aura pour effet que les salades vont se toucher dans toutes les directions, et former ainsi une sorte de couvre sol. Jugez visuellement l’endroit où elles vont laisser un angle résiduel au milieu. C’est en ce point que vous pouvez repiquer au même moment des poireaux et des petits pois alternés également.
Les feuilles de betterave viendront former une voute au dessus des salades en grandissant, celles ci ne gênant pas la croissance des tubercules pour autant. Les poireaux et les petits pois vont grandir également avant que les salades ne viennent les toucher, ils ne seront pas gênés.

Après cette première phase, mettez tout de suite des tomates et courgettes et aubergines à germer dans des pots. Deux semaines après maximum, faites des semis de melon, de courge et de salade à nouveau. Ceux là viendront se repiquer après les dernières salades et betteraves ; les salades feront une deuxième tournée en comblant généreusement les trous.

Avril :
Refaites des semis de betterave courant avril. La betterave est un légume très simple à faire pousser, a des besoins assez faciles, et les variétés anciennes sont excellentes et sucrées ; elles sont aussi très faciles à conserver pour l’hiver si vous en avez trop (lactofermentation ou congélation).
En serre, commencez aussi les semis de cressons, moutardes feuilles et des poireaux pour repiquer à l’automne. Semez aussi les ciboules que vous repiquerez plus tard au milieu des légumes. Avec sa forme très verticale, la ciboule peut s’insérer à peu près n’importe où.
Quand vous récolterez les premières salades (en laissant la racine en terre absolument ), repiquez directement un plan des premiers semis dans l’espace libéré (courgette, tomate).  Les petits pois vont continuer à pousser aussi longtemps que les betteraves, et continuez à repiquer les tomates et courgettes, puis courges et melon à la suite, en alternant les spécimens ramassés avec les coureurs autant que possible.
Veillez à ce que votre paillage ne soit pas trop épais au printemps, car la terre va avoir besoin de se réchauffer.
À ce moment, vous aurez déjà récolté les premières SALADES. (Légumes récoltés en majuscule dans le texte)
Faites des tisanes ou extraits fermentés avec les premières orties pour aider vos plants à croître. La nature donne le rythme. Quand elles sortent, vous pouvez les utiliser.
N’hésitez pas à couper des feuilles extérieures des betteraves ou des salades si elles sont abimées pour pailler le sol. Cela va libérer de la place et encourager la croissance.

Mai :
Tous les pieds de tomate et courgette devraient être repiqués en serre, et ceux restant seront repiqués au plus vite en extérieur. (Dès que vous sentez le temps se réchauffer… à votre jugement)
Repiquez les premières ciboules, et les melons et courges en serre au début du mois, et plus tard en extérieur si le temps vous semble bien réchauffé. Vous verrez alors des espaces entre les tomates, melons et courges, et vous pouvez semer les haricots nains en place et en poquet au milieu des pieds.
Sur le même modèle de la serre, prévoyez les semis pour planter en extérieur.
Vous aurez récolté les dernières SALADES, et commencé les BETTERAVES, ainsi que les PETITS-POIS.
Faites maintenant des tisanes ou extraits fermentés de consoude avec les premières feuilles, comme avec les orties. La consoude riche en potasse va encourager la mise à fleur et la fructification.

Juin :
Il est temps de beaucoup travailler en extérieur et reproduire ce que vous avez installé en serre. Tous les pieds de tomates et courgettes sont déjà repiqués, et c’est au tour des courges et melons. Pour repiquer les aubergines veillez à ce que les nuits ne soient plus fraiches. Les premières tomates grossissent et attendent la chaleur pour rougir. Vous pouvez à ce moment commencer à pailler plus abondamment avec de la consoude qui aura déjà bien poussé, et du fumier de cheval en guise de paillage. Mettez vos déchets de cuisine directement sur la butte au dessus du fumier et recouvrez avec du fumier. Ce sandwich va vite se composter et former un humus très nourrissant.
Taillez les haies qui commencent à pousser fort comme source de paillage.
En juin, j’ai eu une deuxième tournée de petits pois qui ont repoussé spontanément, certaines graines ayant été oubliées et prises sous le compostage efficace du paillage. Ils ont moins produit, mais il est bon de leur donner leur chance. laissez les grimper sur vos pieds de tomate par exemple.
Récoltez des BETTERAVES et des SALADES, ainsi que les derniers PETITS POIS.
Si vous vous êtes bien débrouillé, et que la météo a été de votre côté, vous aurez déjà quelques COURGETTES et TOMATES…

Juillet :
Continuez à semer régulièrement pour combler les espaces sur le même modèle, vous n’aurez jamais assez.
À ce moment là, tout va s’emballer, commencez à faire de la place : attachez les pieds de tomate en hauteur, aiguillez les plantes coureuses pour qu’elles occupent l’espace des buttes au mieux. Récoltez les premières TOMATES, COURGETTES et HARICOTS. Vous pourriez éventuellement avoir encore des SALADES et des BETTERAVES, récoltez aussi les premières feuilles de CRESSON et MOUTARDES.

Août :
C’est la pleine saison, vous récoltez alors LES TOMATES, COURGETTES, AUBERGINES, ainsi que le MELONS, HARICOTS, CRESSONS et MOUTARDES. Une année j’ai donc récolté une deuxième tournée de PETITS POIS.

Travaillez en priorité sur le paillage plutôt que le désherbage. Vous passerez le même temps, mais avec un impact autrement plus positif.
Le plus gros du travail de semis est passé, occupez vous de hiérarchiser les plantes dans le jardin. Vous verrez que l’espace est facilement modulable, en mettant des treilles verticales et autres rames pour permettre aux plantes de se verticaliser. Par exemple, les courges peuvent facilement avoir une emprise au sol très faible et grimper pour libérer l’espace.Vous soutiendrez les fruits pour éviter que les tiges cassent.
Les premières salades que vous aurez laissé monter en graines çà et là vont sécher sur pied et disséminer leurs graines naturellement ou vous pouvez les récolter.

Après le mois d’août, la fin de l’été s’approche et le jardin se prête aux récoltes, il sera temps pour les POIREAUX, les COURGES, les dernières TOMATES, AUBERGINES etc…

Pensez à pailler les interstices fortement en août et en septembre, en mettant un bon rapport carbone/azote pour encourager le compostage.  Sur le modèle de la nature, c’est le moment ou les végétaux sont en fin de vie, et leur matière va retourner au sol. C’est aussi le moment où la terre, encore chaude de l’été aura un métabolisme très actif, et décomposer les matières avec une grande rapidité. Les nuits vont commencer à rafraichir, et le paillage aura l’effet positif d’isoler le sol pour préserver un peu la chaleur.

Vous avez eu un aperçu des récoltes croisées.
D’abord SALADES et BETTERAVES, suivies des PETITS POIS. Viennent ensuite les COURGETTES, TOMATES  et HARICOTS.  Ce sera le tour des AUBERGINES et COURGES, CRESSONS, une deuxième tournée de BETTERAVES et SALADES, puis les POIREAUX et les COURGES.
Voici une douzaine de légumes, dont certains sont récoltés deux fois. Sur le même espace, il est possible de cultiver entre 8 et 10 légumes différents en les associant à leur avantage dans l’espace.
En dédiant 15 heures par semaines en moyenne à un jardin de 150 m2, il est vraiment possible de produire de la nourriture pour un foyer. C’est un équivalent de 2h30 par jour avec une journée de pause.
Pour nous tous, cet exemple prouve qu’il est possible de consacrer une petite partie de son temps pour manger des produits sains toute l’année, augmenter son degré d’autonomie, partager avec ses voisins et minimiser sa dépendance au commerce agricole.

Dans cet exemple, je n’ai pas de machines compliquées, pas de moteur, pas de grelinette, ou d’intrants chimiques, donc peu de frais. Les plus grosses dépenses auront été consacrées aux semences. Je vous encourage à trouver votre bonheur dans les variétés anciennes au début, et de récupérer vos propres semences qui vont développer des spécificités territoriales.
On considère qu’à la troisième génération, l’espèce a acquis des caractères typiques à votre localité. Elle sera plus à même à résister à votre climat, et donnera de meilleurs résultats. Pour vos futures semences, récoltez les graines des plus beaux spécimens dans les sols les plus pauvres. L’année suivante, dans un meilleur sol, elles donneront de magnifiques légumes. Sélectionnez les variétés les plus adaptées à votre climat (tomates…). Dans les pays frais avec peu de soleil, choisissez les variétés à petits fruits pour que la plante s’épuise moins. La mise à fruit sera meilleure.