Pommes de Fougères

 

Les pommes de terres sont des plantes pionnières originaires d’Amérique du sud. Leur rôle, dans la nature, est de pousser à la surface du sol pour créer des stocks d’azote dans les tubercules. Ils se composteront avec le premier brin de matière carbonée pour créer de l’humus et reconstituer un sol fertile.

Avec leur réseau de racines très légères, les pommes de terre n’ont pas la nécessité d’être enterrées pour pousser correctement. Elle ont simplement besoin d’un accès direct à la terre sur laquelle les racines vont venir s’ancrer.
Par contre, pour être comestibles, elles doivent toujours être protégées du soleil. La paille qui les recouvre va les conserver dans le noir d’un part, les empêchant de produire la solanine toxique, et d’autre part, si elle se composte correctement, elle va conserver l’humidité qui leur est nécessaire.

Cette technique me semble très cohérente dans un usage permacole parce qu’elle rejoint la fonction première de la pomme de terre qui est de créer du sol. En procédant à du compostage de matière, cette technique amène à créer des zones de sol qui seront travaillées naturellement par la micro faune. Après deux ans, ces zones pourront évoluer en buttes de culture pour tous légumes.
Par exemple, j’ai repiqué des semis d’artichauts à l’automne de la deuxième année dans les buttes du Petit Hôtel du Grand Large. Ils s’y sentent merveilleusement bien, profitant de la terre aérée, du paillage isolant l’hiver et de la protection contre l’assèchement l’été. Ensuite, on peut penser à repiquer des tomates en saison entre les artichauts et autres légumes sur les côtés.

La mise en place de ce paillage nécessite une bonne connaissance de ces matières et de leur vie dans le cycle du compostage. On préfèrera par exemple une paille déjà un peu compostée plutôt qu’une paille sèche de première qualité. Car la paille trop neuve mettra beaucoup de temps à jouer le rôle d’éponge qui retiendra l’eau.

Au début de la saison, quand on plante les pommes de terre, on fera des andins de paille d’une quarantaine de centimètres de haut maximum, en calculant qu’elle va se tasser légèrement avec les premières intempéries, et que les jeunes pousses doivent facilement se frayer un chemin vers la lumière. Si elles perçoivent la lumière sur le côté des andins, les jeunes pousses s’échapperont de tous côtés… Vous pourrez éventuellement ouvrir légèrement la paille au début au dessus des plants pour les encourager à pousser en verticale.

Quand les pousses auront percé, laissez les pousser et buttez avec de la paille supplémentaire. N’hésitez pas à étouffer littéralement les plants, dont vous ne laisserez poindre que les dernières feuilles de la tige. En quelques semaines, elles auront forci et refait largement surface. En buttant une seconde, voire une troisième fois, vous prolongerez la durée de maturation des plants et augmenterez les récoltes.

J’ai eu des moyennes tout à fait correctes entre 850 grammes et 1,5 Kilo selon les variétés sur celles testées en 2013 : Rouge de Flandre, Rose de France, Bleu d’Artois, Blue Congo, et Anoé.
À noter que même si le rendement était moindre, au prorata du temps et des énergies dépensées, la culture sous paille restera toujours très intéressante.