Plantes sauvages comestibles

 

Les débuts en céramique ont été très difficiles. J’avais deux options : prendre un travail à mi-temps pour acheter à manger, ou simplement trouver à manger pour pouvoir continuer mes recherches et mes essais. Et c’est cette deuxième option que j’ai choisie, car la première réduisait mes chances de réussite.

J’ai rapidement découvert des plantes comestibles dans mon environnement proche, car c’était une nécessité de besoin primaire. Et cette notion de nécessité est très importante en permaculture. Plus le besoin est vital, plus la réponse sera essentielle et importante.
Ces catégories de réponses nous élèvent énormément et deviennent des atouts pour notre développement en permaculture. Elles sont ce que l’on appelle des leviers d’action. Et vous voyez que ces leviers apparaissent pour faire face à une peur. Dans cet exemple, c’est la peur de la faim, de la survie et la peur de ne pas réussir à créer de la céramique.

Avec les plantes sauvages, on ouvre la porte à la bio-indication, partie fondamentale de la compréhension des systèmes naturels. Et une des clefs de la connaissance est une pratique régulière. Le fait que ces plantes aient un intérêt gustatif et nutritionnel permet cet usage quotidien. Cette constance dans l’usage est primordiale. L’objet apparait de manière récurente et notre cerveau intègre mieux les informations. Le cerveau change même de zone de travail pour passer de la zone où il traite les informations de courte durée aux informations essentielles qui seront conservées plus profondément.

Pour continuer à progresser, j’ai d’abord organisé des sorties de découverte aux plantes sauvages avec du public, sur demande ou par intervalle régulier, de sorte à partager les connaissances et ouvrir des possibilités culinaires. Et puis quand j’en ai eu l’occasion, j’ai proposé des plantes à des chefs, et notamment sur la presqu’ile de Quiberon avec Hervé Bourdon. L’échange avec des professionnels déjà très instruits en la matière est très motivant. Ils sont en recherche constante de saveurs nouvelles et surprenantes, d’autant plus quand elles sont locales.
Aujourd’hui, c’est devenu une systématique intellectuelle. Chaque fois que je marche, mes yeux balaient les bordures des chemins de manière instinctive, mon cerveau récite en tâche de fond les noms que je connais, ou ravive la mémoire visuelle d’une plante encore inconnue. A un certain moment, la plante nouvelle demande à être découverte, et comme elle devient présente à ma mémoire, je peux faire des recherches.

On me demande souvent comment j’ai appris tout cela. Et bien voilà, je vous ai donné la clef : c’est devenu un réflexe.
Pour apprendre, j’ai simplement essayé d’orienter mes pensées vers les plantes sauvages dans les moments ou je suis en contact avec la nature. N’importe quelle trajet dehors, en ville ou à la campagne devient un prétexte à l’observation.
Dans son état normal, le cerveau est constamment en pensées dans le passé ou le futur. En plus, ces pensées se dérobent sans cesse à notre conscience. Cet état est si habituel qu’on ne s’en aperçoit pas la plupart du temps, comme un rêve éveillé. Et sitôt que l’on essaie de se remémorer ces pensées fugaces, elles se dérobent à notre question. Les plantes captivent l’intérêt et elles offrent un support de concentration des plus édifiants.
Ainsi quand je vois telle plante, je lui récite ce que j’ai déjà appris d’elle, en étant prêt à recevoir n’importe quelle information que le spécimen pourra m’offrir. Et au gré de la promenade, je reste concentré sur les ressources, enregistrant au passage les emplacements, les quantités et les possibilités de récoltes…

 

En connaissant davantage les ressources, la peur de la survie se dissout peu à peu, et en même temps je deviens de plus en plus conscient à chaque instant.